La FFSA en zone rouge. Six mois de crise, de révélations et de tensions… La ministre des Sports engage une procédure de retrait d'agrément
Depuis mars 2026, la Fédération Française du Sport Automobile traverse une crise de gouvernance sans précédent dans son histoire récente. Révocation d'un président, accusations de gouvernance parallèle, plaintes judiciaires, élections contestées et rapport d'inspection particulièrement sévère : les événements se sont enchaînés jusqu'à l'annonce, ce jeudi 22 octobre, d'une procédure visant au retrait de son agrément ministériel. Une situation qui soulève désormais de sérieuses questions sur l'avenir du sport automobile français.
Mars 2026 : le début d'une crise ouverte
Tout commence publiquement au début du mois de mars 2026, lorsque Pierre Gosselin, alors président de la FFSA depuis octobre 2024, dénonce le fonctionnement interne de la fédération.
Il affirme avoir découvert une organisation opaque, dans laquelle certaines décisions échapperaient aux instances normalement chargées de diriger la fédération.
Ses accusations visent notamment ses prédécesseurs, Jacques Régis et Nicolas Deschaux, auxquels il reproche d'avoir conservé une influence déterminante sur le fonctionnement de l'institution.
Au cœur des interrogations : l'existence présumée d'une gouvernance parallèle, reposant sur des structures dont les pouvoirs et le fonctionnement sont contestés.
Pierre Gosselin annonce des démarches judiciaires et sollicite l'intervention du ministère des Sports.
Ses adversaires contestent ses accusations et mettent eux-mêmes en cause sa gestion, annonçant notamment une plainte collective à son encontre.
La crise, jusque-là essentiellement interne, devient une affaire publique.
24 mars : le président qui dénonçait le système est révoqué
Le 24 mars 2026 constitue un tournant majeur.
Réunie en assemblée générale extraordinaire, la FFSA vote la révocation collective de son comité directeur, entraînant le départ de Pierre Gosselin.
Le résultat est sans appel : 70 % des voix se prononcent en faveur de la révocation, selon le communiqué officiel de la fédération.
Jean-Luc Roger est alors désigné administrateur provisoire, chargé d'assurer la gestion courante et d'organiser de nouvelles élections.
Cette révocation intervient au moment même où les accusations relatives au fonctionnement de l'institution font l'objet d'une attention croissante des autorités publiques.
Une question s'impose alors : comment une fédération chargée de représenter et d'encadrer tout un sport a-t-elle pu atteindre un tel niveau de confrontation entre ses dirigeants ?
Le ministère des Sports saisit la justice
Le 24 mars également, Marina Ferrari, ministre des Sports, annonce la saisine du procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du Code de procédure pénale.
Les interrogations du ministère portent notamment sur :
- La conformité de la gouvernance fédérale aux règles applicables.
- L'organisation et la gestion du sport de haut niveau.
- Certaines délégations confiées à des structures associatives.
- Les conditions d'attribution de subventions.
- Les financements concernant notamment la FFSA Academy.
- La prévention des conflits d'intérêts.
Parallèlement, une mission d'inspection générale est engagée pour examiner le fonctionnement de la fédération.
Ce dossier dépasse désormais les simples divergences entre dirigeants.
Il touche à la transparence d'une institution investie de missions de service public, au contrôle de ses décisions et à l'utilisation des financements publics.
Il convient toutefois de rappeler qu'un signalement au procureur ou le dépôt d'une plainte ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité. Les accusations visant les différents protagonistes doivent être examinées par les autorités compétentes, dans le respect de la présomption d'innocence.
Avril 2026 : de nouvelles élections, mais une fédération toujours divisée
Le 22 avril 2026, une nouvelle assemblée élective désigne Pierre Ragues à la présidence de la FFSA.
Il remporte le scrutin avec 1 817 voix contre 1 440 pour Pierre Gosselin.
Mais le détail des résultats révèle une fracture importante entre les deux collèges électoraux.
Chez les associations sportives, la liste de Pierre Gosselin obtient 996 voix contre 496 pour celle de Pierre Ragues.
À l'inverse, le collège des Ligues du Sport Automobile accorde 1 321 voix à Pierre Ragues contre 444 à Pierre Gosselin.
Le système électoral, qui attribue une pondération égale aux deux collèges, permet ainsi à Pierre Ragues de remporter la présidence malgré un résultat défavorable dans le collège des associations sportives.
Ce résultat est conforme au décompte officiel annoncé par la fédération, mais il nourrit un débat sur la représentativité et l'équilibre des pouvoirs au sein de ses instances.
Pierre Ragues annonce alors vouloir rétablir la stabilité et moderniser la fédération.
Pourtant, les contestations ne disparaissent pas avec son élection.
Mai à juillet : le CNOSF intervient à son tour
Les tensions se poursuivent au printemps, notamment autour des statuts fédéraux et des conditions dans lesquelles s'est déroulé le scrutin d'avril.
Saisi d'une contestation électorale, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) formule une proposition de conciliation le 10 juillet 2026.
Selon les informations publiées par L'Équipe le 12 juillet, les conciliateurs relèvent plusieurs indices concordants mettant en cause la libre expression du corps électoral et préconisent l'organisation de nouvelles élections.
Cette appréciation constitue un nouvel épisode sensible pour la fédération.
La direction de la FFSA conteste cependant l'interprétation de ces éléments. En juillet, son comité directeur estime que les griefs examinés ne justifient pas la remise en cause du résultat du scrutin et défend le maintien de la gouvernance élue.
Deux lectures de la situation continuent ainsi de s'opposer.
D'un côté, ceux qui réclament une remise à plat du fonctionnement fédéral et de nouvelles garanties démocratiques.
De l'autre, une direction qui revendique la légitimité de son élection et la nécessité de préserver la stabilité de l'institution.
Octobre 2026 : le rapport d'inspection fait monter la pression
Le 8 octobre 2026, Le Parisien révèle que le rapport issu de la mission d'inspection générale serait particulièrement sévère à l'égard de la FFSA.
Selon les informations du quotidien, ses conclusions iraient jusqu'à préconiser le retrait de l'agrément ministériel.
Une perspective particulièrement lourde pour une fédération sportive nationale.
Il ne s'agit plus seulement de contestations électorales ou de divergences de gouvernance. La question porte désormais sur la capacité de la FFSA à continuer de bénéficier de la reconnaissance administrative attachée à son agrément.
À ce stade, la recommandation rapportée par la presse ne constitue pas encore une décision de retrait.
Mais elle laisse présager une intervention déterminante du ministère des Sports.
22 octobre 2026 : Marina Ferrari engage la procédure de retrait d'agrément
C'est la nouvelle étape majeure de cette affaire.
Ce jeudi 22 octobre, Marina Ferrari annonce engager une procédure visant au retrait de l'agrément ministériel de la Fédération Française du Sport Automobile, selon une dépêche de l'Agence France-Presse diffusée dans la soirée.
Cette décision d'engager une procédure intervient environ sept mois après le déclenchement de la crise publique et l'ouverture de la mission d'inspection.
La distinction est essentielle : la procédure est engagée, mais le retrait effectif de l'agrément n'est pas, à cette heure, établi.
Ses modalités, son calendrier et l'éventuelle décision finale devront être précisés.
Il n'en reste pas moins que le signal adressé à la fédération est particulièrement fort.
L'État envisage désormais formellement une mesure qui toucherait à l'un des fondements de la reconnaissance institutionnelle de la FFSA.
Quelles conséquences pour les licenciés et les compétitions ?
Cette situation suscite légitimement des interrogations chez les pilotes, copilotes, organisateurs, bénévoles, officiels, associations sportives et dirigeants de ligues.
Car derrière les conflits entre responsables nationaux se trouve une communauté de passionnés qui fait vivre le sport automobile français chaque semaine.
Rallyes régionaux et nationaux, courses de côte, slaloms, compétitions sur circuit, karting : toutes ces disciplines évoluent dans un cadre sportif et réglementaire qui dépend largement de l'organisation fédérale.
Si le retrait de l'agrément devait effectivement être prononcé, plusieurs questions devraient être clarifiées :
- Quelles seraient les conséquences juridiques exactes pour la FFSA et ses autres habilitations ?
- Comment seraient assurées la continuité des compétitions et la délivrance des licences ?
- Quel rôle l'État et les autorités sportives compétentes pourraient-ils jouer pendant une éventuelle période de transition ?
- Quelles seraient les conséquences pour les associations sportives et les organisateurs ?
- Comment préserver les programmes de formation et de développement des jeunes pilotes ?
Il serait prématuré d'affirmer que les compétitions seraient automatiquement annulées. Les conséquences dépendraient de la portée exacte des décisions administratives prises et des mesures éventuellement prévues pour garantir la continuité des activités.
Les licenciés ne doivent pas devenir les victimes de cette crise
Au-delà des questions juridiques, cette affaire pose un problème fondamental : celui de la confiance.
Une fédération sportive ne peut fonctionner durablement sans confiance entre ses dirigeants, ses associations, ses licenciés et ses autorités de tutelle.
Depuis mars 2026, l'actualité de la FFSA est largement dominée par les conflits de gouvernance et les procédures, alors que les préoccupations quotidiennes des pratiquants sont bien différentes.
Pour les organisateurs, il s'agit de trouver des bénévoles, de maîtriser les coûts, de sécuriser les épreuves et de maintenir des calendriers attractifs.
Pour les pilotes, il s'agit de pouvoir pratiquer leur passion dans des conditions sportives, financières et réglementaires satisfaisantes.
Pour les clubs et les ligues, l'enjeu est de disposer d'une organisation lisible, équitable et efficace.
Le contraste entre ces réalités de terrain et les affrontements institutionnels est saisissant.
Une remise en question devenue incontournable
Quelle que soit l'issue de la procédure engagée par le ministère, les événements de 2026 mettent en évidence la nécessité de répondre à plusieurs questions essentielles.
Qui décide réellement au sein de la FFSA ? Comment les décisions sont-elles contrôlées ? Quelle place occupent les clubs dans les orientations fédérales ? Comment prévenir les conflits d'intérêts ? Et comment garantir une transparence suffisante sur les décisions financières et les responsabilités de chacun ?
Les réponses ne pourront pas se limiter à un changement de président ou à une nouvelle communication institutionnelle.
Elles devront s'appuyer sur des faits vérifiables, des règles claires et une gouvernance capable de restaurer durablement la confiance.
Le sport automobile français a besoin d'institutions solides, transparentes et respectées.
Et surtout, il mérite que les intérêts des pratiquants, des clubs et des organisateurs retrouvent une place centrale dans les décisions fédérales.
Philippe Veber - Veber Avocats - Avocats droit du sport - Spécialiste du Sport Automobile - Paris - Lyon