La
Coupe du monde de football 2026 doit faire entrer la
FIFA dans une nouvelle dimension économique. Organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, cette première édition réunissant 48 équipes constitue le principal moteur financier du cycle 2023-2026 de l’instance internationale.
La FIFA prévoit désormais d’enregistrer 13 milliards de dollars de recettes sur l’ensemble de ce cycle de quatre ans, un montant sans précédent dans son histoire. À titre de comparaison, elle avait généré environ 7,6 milliards de dollars entre 2019 et 2022, cycle qui s’était achevé avec la Coupe du monde au Qatar.
Cette progression spectaculaire ne signifie cependant pas que la Coupe du monde 2026 rapportera, à elle seule, 13 milliards de dollars. Ce chiffre englobe l’ensemble des activités de la FIFA entre 2023 et 2026, notamment la Coupe du monde des clubs 2025, les autres compétitions internationales, les licences, les placements financiers et différents revenus commerciaux.
Un objectif relevé de 11 à 13 milliards de dollars
Lors de l’élaboration initiale de son budget, la FIFA tablait sur 11 milliards de dollars de revenus pour la période 2023-2026. Cette première estimation reposait principalement sur quatre grandes catégories de recettes :
- 4,264 milliards de dollars provenant des droits de diffusion ;
- 2,693 milliards issus des droits marketing et du sponsoring ;
- 3,097 milliards liés à la billetterie et à l’hospitalité ;
- 669 millions provenant des licences ;
- 277 millions de dollars issus d’autres revenus.
Ce budget initial prévoyait parallèlement environ 10,9 milliards de dollars d’investissements et de dépenses sur le cycle.
En mars 2025, la FIFA a relevé son objectif à 13 milliards de dollars, notamment en intégrant environ 2 milliards de dollars de revenus associés à la nouvelle Coupe du monde des clubs à 32 équipes. Près de 90 % de cette enveloppe doit être réinvestie dans les compétitions, les programmes de développement et le fonctionnement du football mondial.
À la fin de l’exercice 2025, la FIFA indiquait avoir déjà sécurisé ou comptabilisé 93 % des recettes budgétées pour le cycle 2023-2026 et estimait être en mesure de dépasser son objectif de 13 milliards de dollars.
Pourquoi la Coupe du monde 2026 change d’échelle
Le potentiel commercial de l’édition 2026 repose d’abord sur son nouveau format. Le passage de 32 à 48 sélections augmente le nombre de rencontres, la durée d’exploitation commerciale du tournoi et le volume d’inventaire disponible pour les diffuseurs, les sponsors et les opérateurs d’hospitalité.
La compétition bénéficie également de la puissance du marché nord-américain. Les États-Unis offrent à la FIFA un environnement particulièrement favorable pour la commercialisation des billets premium, des loges, des partenariats de marque et des produits dérivés.
Les trois pays organisateurs disposent en outre de grandes enceintes déjà opérationnelles. Pour la FIFA, cette configuration permet d’accroître les capacités d’accueil et les recettes par spectateur, même si elle entraîne parallèlement des dépenses logistiques importantes en raison des distances entre les villes hôtes.
La demande de billets confirme cette attractivité exceptionnelle. La FIFA a annoncé avoir reçu plus de 500 millions de demandes de billets au cours d’une phase de vente organisée entre décembre 2025 et janvier 2026. Ce chiffre correspond à des demandes et non à des billets effectivement vendus, mais il illustre l’écart considérable entre la demande mondiale et l’inventaire disponible.
Les droits audiovisuels restent le premier pilier économique
Les droits de retransmission constituent historiquement la principale source de revenus de la FIFA. Dans son budget initial du cycle 2023-2026, l’organisation prévoyait 4,264 milliards de dollars de recettes audiovisuelles.
L’édition 2026 possède plusieurs arguments commerciaux majeurs : davantage de rencontres, trois marchés hôtes, une forte présence de grandes sélections et des horaires permettant de toucher simultanément plusieurs régions du monde.
La FIFA ne publie toutefois pas systématiquement la valeur détaillée de chaque contrat national. Une part importante des accords audiovisuels couvre plusieurs compétitions ou plusieurs éditions, ce qui rend difficile l’attribution d’un montant précis à la seule Coupe du monde 2026.
Pour les professionnels du secteur, le principal indicateur est donc moins la valeur d’un contrat isolé que la progression globale du portefeuille de droits et la capacité de la FIFA à vendre séparément ses compétitions, ses formats numériques et certains marchés géographiques.
Sponsoring : un inventaire commercial élargi
Le deuxième moteur est constitué des droits marketing. Le budget initial prévoyait 2,693 milliards de dollars de recettes dans cette catégorie pour l’ensemble du cycle.
L’élargissement de la Coupe du monde offre davantage de visibilité aux partenaires : plus de matchs, davantage d’équipes, une exposition prolongée et de nouvelles possibilités d’activation dans 16 villes hôtes.
La FIFA a également fait évoluer son architecture commerciale. Aux partenariats mondiaux traditionnels s’ajoutent des accords par compétition, par région ou par catégorie de produits. Cette segmentation permet de multiplier les partenaires sans nécessairement réduire la valeur des contrats les plus prestigieux.
Pour les marques, l’enjeu dépasse désormais la présence sur les panneaux publicitaires. Les activations incluent les réseaux sociaux, les contenus vidéo, les expériences destinées aux supporters, les opérations de billetterie, le commerce électronique et l’utilisation de données clients.
Billetterie et hospitalité : le principal levier de croissance
La hausse la plus marquée par rapport au cycle précédent doit provenir de la billetterie et de l’hospitalité. La FIFA avait initialement budgété 3,097 milliards de dollars dans cette catégorie.
Ce montant s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs : un nombre accru de matchs, des stades de grande capacité, un marché américain habitué aux offres premium et une exploitation plus directe de l’hospitalité.
La FIFA a en effet abandonné un modèle dans lequel une partie des services d’hospitalité était largement externalisée contre le paiement de droits. En contrôlant davantage la commercialisation, elle peut capter une proportion supérieure de la valeur créée par les loges, les espaces VIP, les packages touristiques et les prestations d’entreprise.
Cette stratégie améliore potentiellement les marges, mais elle augmente également l’exposition opérationnelle de l’organisation : gestion des stocks, tarification dynamique, service client, technologie de billetterie et contrôle du marché secondaire deviennent des composantes centrales de la performance financière.
Licences, produits dérivés et économie numérique
Les licences de marque devaient initialement représenter 669 millions de dollars sur le cycle. Elles comprennent notamment les royalties versées sur les produits officiels, les jeux, les objets de collection et les ventes réalisées dans les boutiques physiques ou numériques.
La Coupe du monde 2026 devrait profiter d’un marché particulièrement favorable aux produits dérivés. Les 48 équipes participantes multiplient les publics nationaux ciblés, tandis que la présence de trois pays hôtes élargit le marché domestique.
La stratégie numérique de la FIFA constitue aussi un levier de croissance. Commerce électronique, plateformes de contenu, produits numériques et nouveaux formats de collection permettent de prolonger la monétisation avant et après la compétition.
Ces activités restent moins importantes que la télévision, le sponsoring ou la billetterie, mais elles offrent généralement une relation plus directe avec le consommateur et produisent des données utiles pour les futures opérations commerciales.
Des recettes records, mais également des dépenses considérables
L’analyse des revenus doit être mise en regard du coût d’organisation du tournoi. Dans son premier budget 2023-2026, la FIFA prévoyait 3,839 milliards de dollars d’investissements directement associés à la Coupe du monde 2026.
Ces dépenses couvrent notamment l’organisation sportive, les opérations dans les stades, les transports, les technologies, la production télévisuelle, la sécurité, les équipes opérationnelles, les cérémonies et les contributions versées aux participants.
La FIFA a ainsi prévu 727 millions de dollars de contributions financières aux 48 fédérations participantes. Sur cette somme, 655 millions correspondent aux primes sportives. Le champion doit recevoir 50 millions de dollars et chaque équipe qualifiée bénéficie également de 1,5 million pour ses frais de préparation.
Le total des recettes ne doit donc pas être confondu avec le bénéfice net. La FIFA est une association à but non lucratif : son modèle consiste à générer l’essentiel de ses ressources grâce à ses grandes compétitions, puis à les affecter aux tournois, aux fédérations membres, aux programmes de développement et à ses réserves.
Peut-on déterminer le montant exact généré par la Coupe du monde 2026 ?
À ce stade, il serait imprudent d’attribuer un chiffre définitif au seul tournoi. Le montant de 13 milliards de dollars représente le budget de recettes du cycle complet 2023-2026, et non le chiffre d’affaires isolé de la Coupe du monde.
Plusieurs difficultés comptables empêchent une lecture immédiate :
Les contrats de télévision et de sponsoring peuvent porter sur plusieurs années ou plusieurs compétitions. Leur revenu est reconnu selon les obligations contractuelles remplies, et non nécessairement au moment de la signature ou de l’encaissement.
Les revenus de billetterie, d’hospitalité et de licences ne peuvent être consolidés définitivement qu’après la clôture des ventes, le règlement des remboursements et la comptabilisation des coûts associés.
Enfin, le cycle comprend d’autres événements majeurs, particulièrement la Coupe du monde des clubs 2025, à laquelle la FIFA a associé environ 2 milliards de dollars de revenus dans son budget révisé.
Le chiffre définitif ne sera donc connu qu’après la clôture comptable de l’exercice 2026 et la publication des états financiers audités de la FIFA.
Une Coupe du monde qui transforme le modèle économique de la FIFA
Même sans disposer encore du bilan comptable définitif, plusieurs conclusions se dégagent.
Premièrement, le cycle 2023-2026 devrait établir un record de revenus très supérieur aux 7,6 milliards de dollars enregistrés lors du cycle précédent. Le nouvel objectif de 13 milliards représente une progression d’environ 71 %.
Deuxièmement, la croissance ne repose plus uniquement sur les droits audiovisuels. La billetterie premium, l’hospitalité, la segmentation du sponsoring, les licences et les activités numériques occupent une place croissante.
Troisièmement, l’expansion à 48 équipes transforme la logique commerciale de la compétition. Elle augmente les stocks monétisables, mais également les charges opérationnelles, les déplacements et les contributions versées aux participants.
Enfin, la Coupe du monde reste le socle du modèle financier de la FIFA. Elle permet à l’organisation de sécuriser des contrats pluriannuels, de renforcer ses réserves et de financer ses programmes entre deux éditions.
Conclusion
La Coupe du monde 2026 devrait être l’événement le plus rémunérateur jamais organisé par la FIFA. L’instance vise au moins 13 milliards de dollars de recettes sur le cycle 2023-2026 et estimait, avant la fin du cycle, pouvoir dépasser cet objectif.
Il faut néanmoins éviter une présentation trompeuse : ces 13 milliards ne proviennent pas exclusivement du tournoi. Ils incluent l’ensemble des revenus de la FIFA sur quatre ans, dont ceux de la Coupe du monde des clubs 2025 et d’autres activités commerciales.
Le véritable résultat financier de la Coupe du monde 2026 dépendra du niveau final des ventes de billets et d’hospitalité, de la reconnaissance comptable des contrats commerciaux et du montant total des dépenses. Sa mesure précise devra donc attendre la publication des comptes audités de l’exercice 2026.
Pour les acteurs de l’économie du sport, l’essentiel est déjà visible : avec son format élargi et son implantation nord-américaine, la Coupe du monde 2026 confirme que les grands événements ne sont plus seulement des produits audiovisuels. Ils sont devenus des plateformes mondiales intégrant médias, sponsoring, hospitalité, commerce, données et expériences destinées aux supporters.
Philippe Veber - Veber Avocats - Avocats droit du sport et des sportifs - Lyon - Paris