
Convention collective du football féminin : quels changements pour les joueuses ? La convention collective du football féminin marque une étape majeure pour les joueuses professionnelles en France. Statut, contrat, droits sociaux, droit à l’image : analyse juridique.
Le football féminin français franchit une nouvelle étape dans sa professionnalisation. Le 18 mai 2026, l’UNFP, syndicat des joueurs et joueuses professionnels, et Foot Unis, représentant des clubs, ont annoncé être parvenus à un accord de principe en vue de la signature d’une convention collective applicable aux joueuses professionnelles évoluant en France. Selon la Fédération Française de Football, cette convention devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2026, soit au début de la prochaine saison sportive.
Au-delà de l’annonce symbolique, cette convention collective constitue un tournant juridique : elle vise à encadrer de manière plus précise les relations de travail entre les clubs et les joueuses, à renforcer leur protection sociale et à rapprocher leur statut de celui déjà reconnu aux joueurs professionnels masculins.
Jusqu’à présent, les joueuses professionnelles françaises relevaient d’un cadre juridique plus fragmenté que celui des joueurs masculins. Les contrats de travail, la rémunération, la protection en cas de blessure, les conditions d’entraînement ou encore les droits à l’image étaient encadrés par plusieurs sources : Code du sport, règlements fédéraux, contrats individuels, accords internes ou pratiques de club.
Or, le développement du football féminin imposait une sécurisation plus forte. La création de la Ligue féminine de football professionnel, votée en 2023, s’inscrivait déjà dans cette dynamique de professionnalisation et de structuration du secteur. La FFF indique que cette ligue a précisément pour objectif de développer une discipline d’excellence tout en garantissant les droits des joueuses.
La convention collective répond donc à un besoin simple : donner aux joueuses un socle commun de droits, applicable indépendamment du club employeur.
Les joueuses professionnelles sont des salariées. À ce titre, elles relèvent du droit du travail, mais également des dispositions spécifiques du Code du sport.
L’article L. 222-2-3 du Code du sport prévoit que le contrat par lequel un club s’assure, moyennant rémunération, le concours d’un sportif ou d’un entraîneur professionnel est un contrat de travail à durée déterminée. Cette règle vise à protéger les sportifs professionnels et à garantir l’équité des compétitions.
La durée de ce contrat ne peut être inférieure à une saison sportive, fixée à douze mois, et ne peut en principe excéder cinq ans.
La convention collective du football féminin ne remplace donc pas le Code du sport : elle vient le compléter, en précisant les garanties applicables aux joueuses dans leur relation avec les clubs.
Les détails définitifs de l’accord doivent encore être publiés. L’UNFP a indiqué que les précisions seraient communiquées prochainement.
Plusieurs thèmes apparaissent toutefois centraux dans la construction du futur statut collectif des joueuses.
L’un des enjeux majeurs d’une convention collective est de fixer des garanties minimales de rémunération. Dans le football masculin, la Charte du football professionnel joue ce rôle depuis longtemps, avec des dispositions relatives aux rémunérations, aux statuts et aux conditions d’emploi.
Pour le football féminin, l’objectif est d’éviter une trop grande disparité entre les clubs et de garantir aux joueuses professionnelles un cadre salarial plus lisible.
La question du maintien de salaire en cas de blessure est déterminante dans le sport professionnel. L’UNFP avait notamment mis en avant, dans ses revendications, la question du maintien de salaire pendant les arrêts de travail, en référence aux garanties existant déjà pour les joueurs professionnels masculins.
Pour une joueuse professionnelle, une blessure peut affecter à la fois sa carrière sportive, ses revenus et sa capacité à retrouver un contrat. Un encadrement conventionnel est donc essentiel.
Le droit à l’image a été présenté comme l’un des derniers points sensibles des négociations. Selon la presse sportive, un accord aurait finalement été trouvé sur ce point, permettant de débloquer la signature de la convention.
Cette question est importante : l’image des joueuses est de plus en plus exploitée par les clubs, les diffuseurs, les sponsors et les institutions sportives. Une convention collective peut permettre de clarifier les conditions d’utilisation de cette image, les autorisations nécessaires et, le cas échéant, les contreparties financières.
La professionnalisation ne se limite pas au contrat de travail. Elle implique aussi des conditions concrètes : temps d’entraînement, accès aux infrastructures, accompagnement médical, récupération, déplacements, encadrement technique.
L’UNFP rappelait déjà que les joueuses professionnelles devaient bénéficier de conditions de préparation et d’entraînement équivalentes à celles des autres sportifs professionnels.
Même si les clauses définitives n’ont pas encore été publiées, la maternité fait partie des sujets incontournables du football féminin professionnel. La protection de la joueuse enceinte, le retour à la compétition, la stabilité contractuelle et l’accompagnement médical sont autant de points susceptibles d’être encadrés.
Sur ce terrain, la convention collective peut jouer un rôle important pour concilier carrière sportive et droits fondamentaux des salariées.
L’UNFP a qualifié cet accord d’« historique », estimant qu’il marque une étape majeure dans la reconnaissance, la structuration et la protection du football féminin en France.
Du côté institutionnel, la FFF et la Ligue féminine de football professionnel ont également salué cette avancée. Philippe Diallo, président de la FFF, et Jean-Michel Aulas, président de la LFFP, ont présenté cet accord comme une étape majeure pour le développement du football féminin professionnel.
L’enjeu est double : protéger les joueuses, mais aussi sécuriser les clubs. Un cadre conventionnel clair permet de réduire les incertitudes juridiques, d’harmoniser les pratiques et de prévenir les litiges relatifs aux contrats, aux conditions de travail ou à la rupture de la relation contractuelle.
Pour les clubs, l’entrée en vigueur d’une convention collective impose une vigilance particulière. Les dirigeants devront notamment vérifier :
Il conviendra également d’articuler la convention collective avec les règlements fédéraux, le Code du sport et le Code du travail.
Pour les joueuses, cette convention collective devrait offrir une meilleure lisibilité de leurs droits. Elle devrait aussi renforcer leur pouvoir de négociation, en leur permettant de s’appuyer sur un socle commun de garanties.
Elle pourra notamment faciliter la discussion sur les contrats, les conditions de travail, l’exploitation de l’image, la protection sociale ou encore la gestion des périodes d’indisponibilité sportive.
La convention collective ne supprimera pas l’importance du contrat individuel. Au contraire, chaque contrat devra être relu à la lumière de ce nouveau cadre conventionnel.
La convention collective du football féminin en France constitue une avancée majeure pour la reconnaissance juridique et sociale des joueuses professionnelles. Elle accompagne un mouvement plus large de structuration du football féminin, marqué par la création de la Ligue féminine de football professionnel et par l’augmentation progressive des exigences imposées aux clubs.
Son entrée en vigueur annoncée au 1er juillet 2026 devrait ouvrir une nouvelle période pour les clubs, les joueuses, les agents et les conseils juridiques. Les prochains mois seront déterminants : la publication du texte définitif permettra de mesurer précisément l’étendue des garanties accordées et les obligations mises à la charge des clubs.
Dans l’attente, les clubs comme les joueuses ont intérêt à anticiper cette évolution afin de sécuriser leurs contrats et leurs pratiques.
Philippe Veber - Veber Avocats - Avocats droit du sport et des sportifs - Paris - Lyon
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